Programmation scientifique

2018-2019

 

La Chaire LexUM est heureuse de vous inviter à son nouveau cycle de conférences : « Technocritiques des technoproduits ».

Nous vivons dans un monde dominé par la technique. Depuis les Lumières et l’idée d’un progrès humain constant, chaque nouvelle technique apparait comme une avancée incontestable, un progrès sur le chemin de l’aventure humaine. Les artefacts techniques sont les nouvelles idoles du monde moderne. L’émergence du numérique et de l’intelligence artificielle confirme ce statut en conférant à ces artefacts techniques une inéluctabilité et une confiance absolue dans leur nature progressiste. Ces artefacts recèlent ainsi une dimension sacrée, voire religieuse, qui les affranchissent des critiques. Que l’on retrouve dans les grandes entreprises du numérique le poste de Chief Evangelist Officer ne saurait donc nous étonner. Par ailleurs, les critiques formulées à l’égard des techniques sont associées, la plupart du temps, à des esprits chagrins, aigris et bien entendu passéistes. Cette approche binaire défendue par la doxa est bien entendu ridicule et intenable. Les techniques ne sont pas neutres et elles recèlent des rapports de domination et de conservation qu’il importe d’identifier et de corriger. Cet exercice ne constitue pas un refus de la technique, ce qui serait futile, mais plutôt une saine et démocratique opposition au maintien «d’un ordre social et politique que celle-ci véhicule».(1)

Ce cycle de conférences a pour objectif de susciter des échanges critiques autour des technologies de l’information, y compris l’intelligence artificielle, capables de nous extraire de la pensée binaire qui satisfait les technophiles, puisqu’elle caricature les positions adverses. Il s’agira aussi bien sûr, comme le suggère Isabelle Stengers, de rappeler le cadre d’émergence de la technique, en particulier celui de la pratique actuelle de la recherche scientifique, dont les orientations se confondent toujours davantage avec les intérêts de l’industrie.(2) Ces échanges doivent déboucher sur des techniques soucieuses des équilibres sociaux, économiques et politiques. Une appréciation démocratique des techniques et des technoproduits apparait également primordiale en ce qu’elle assure que ceux-ci répondent aux préoccupations du bien commun, plutôt qu’à des intérêts commerciaux indifférents à leurs conséquences délétères sur une planète qui ne cesse de se rapetisser et dont les élites, selon Bruno Latour, font sécession du monde.

(1) François JARRIGE, Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, Paris, La Découverte, 2014, p.12.
(2) Isabelle STENGERS, Une autre science est possible ! Manifeste pour un ralentissement des sciences, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2013, 216 p.


 

Ce contenu a été mis à jour le 11 septembre 2018 à 12 h 07 min.